
Mes parents • Hervé Guibert • 1986 • Folio
Sous des airs mêlant autobiographique et fiction, le roman d’Hervé Guibert relate des souvenirs entretenus avec sa famille compliquée, des sentiments mêlant haine et amour ainsi que des traumatismes. Personnage de son roman ou confessions intimes ? L’auteur peut par exemple étayer crûment ses expériences sexuelles, définitivement troublantes. J’ai apprécié cette transparence émotionnelle et ce partage sans filtre au gré des pages.
Chaque paragraphe est comme un nouvel état d’âme livré sous une analyse freudienne dont la fin possède souvent une image forte, un peu sensationnelle. Nous analysons tel un psychanalyste ce que l’auteur dévoile et dissèque dans son rapport ambiguë avec ses parents. Dans ce fauteuil imaginaire, Hervé Guibert n’est pas tendre avec eux. Il retient et il se remémore, surtout auprès de ses tantes Suzanne et Louise (noms de ses vraies tantes) ce qui fait de ses parents des êtres si détestables.
Suivant une certaine chronologie (du passé à sa vie de jeune adulte), le livre recherche des indices et des faits pour une accusation probante des parents. Le père n’a t-il pas eu cette relation avec une jeune fille non mariée ? La mère n’a t-elle pas eu cette relation avec cet abbé ? Et l’or, où est-il passé ? Bien plus qu’un journal intime, les souvenirs de vacances s’agrémentent aussi de rêves ambivalents. Le portrait des géniteurs ici esquissés rentre peu à peu en lien avec son identité (écrivain homosexuel des années 80). Nous aurions envie de voir dans l’aboutissement du livre une réponse finale mais ce sera avant tout, une recherche perpétuelle sur ce qui, selon Hervé Guibert, nous détermine avant tout : les parents.
Extraits :
Ma mère me raconte alors, pour la première fois, que les neuf mois pendant lesquels elle m’a attendu ont été les plus horribles de sa vie : c’est mon père qui l’avait forcée à cet enfantement, après la naissance douloureuse de ma soeur, et pendant ces neuf mois son désir hystérique était de m’expulser, elle se faisait tomber dans les escaliers pour me perdre. (…) « Puis je t’ai vu, dit-elle, tout petit et nu, misérable, vraiment misérable, posé sur une table, et j’ai hurlé : faites attention ! il va tomber ! »
Il se déshabille à demi et saute vite dans le lit. Je reste debout, tout habillé. Une jambe tremble malgré moi. J’éteins la lumière, j’hésite, puis j’ôte un à un tous mes vêtements avec la pesanteur d’un sacrifice et je marche nu jusqu’au lit. Je soulève le drap, je tends la main, il tend la sienne et vérifie que je suis nu, il se fâche, et il a les mots de mon père qui me déçoivent si horriblement : « Tu es fou, tu vas attraper froid, va vite mettre un pull ! ».

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