
Le dernier voyage de Tanya (Silent Souls) • Aleksei Fedortchenko • 2010
Présenté à la 67ème Mostra de Venise, sous le titre de Silent Souls, « Le dernier voyage de Tanya » a reçu le prix de la Critique. On connaissait déjà le réalisateur russe Aleksei Fedortchenko pour son film de 2005 Les premiers sur la Lune. Ce faux documentaire avait semé la confusion dans le public car il montrait les soviétiques marchant pour la première fois sur la Lune en 1938.
Mais Le dernier voyage de Tanya oscille cette fois entre fiction et documentaire. En Russie, près de Néia, vivent toujours les Mérias qui continuent de perpétuer les rites et coutumes, chers aux ancêtres de cette ancienne tribu. A la mort de sa femme Tanya, c’est l’occasion pour Miron d’affirmer sa ferveur et en même temps de faire son deuil.
Miron et son meilleur ami Aist s’embarquent alors pour une excursion en Russie, comme le veut le rituel mérien. Il s’agit pour le réalisateur de nous faire connaître leurs existences encore possible dans ce monde mondialisé où prône plutôt une culture uniforme. On est bien heureux de savoir qu’il subsiste encore quelques particularismes culturels.
Ainsi, chez les Mérias, il est normal de raconter à un ami l’intimité que le mari a partagé avec sa femme. Aucun reproche non plus pour coucher avec d’autres femmes.
Le corps étant très présent, l’érotisation par le réalisateur rend ces moments d’une beauté toute solennelle, presque sacrée. Au détour de ces rites sordides, le réalisateur suscite chez nous intrigue et questionnements, loin d’un effet spectaculaire. De quoi se sentir très loin de la France.
En outre, aux confins de cette Russie, ce sont des paysages épurés d’une tristesse infinie qui nous transportent dans cette histoire presque métaphysique. Si bien que les passereaux, ces oiseaux au chant clair ont quasiment une présence aussi cruciale que les acteurs. Ils déclenchent ainsi, une chute fatale réalisant le rêve de tout Méria : mourir noyés.
Aleksei Fedortchenko rend donc un merveilleux hommage à ces Mérias, toutefois sans doute a-t-il du mal à se détacher de son style documentaire, et peine t-il à nous faire découvrir une fiction exaltante.

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