« Essential killing » – Au coeur d’un homme en cavale

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Essential Killing • Jerzy Skolimowski • Pologne • 2010


Survivre, rien que survivre. Tel est le souhait de cet homme irakien, refusant d’être enchaîné par les forces de l’ordre américain. Devenu misérable, il est difficile d’imaginer, pour ce croyant, que Dieu l’ai abandonné.

Essential Killing, c’est la fuite de ce prisonnier de guerre à travers des paysages immaculés de blanc. D’abord dans les montagnes empourprées, puis entre les sillages des arbres vêtus de neige, notre homme court.

Certes, montrer la nature n’est jamais déplaisante, mais Jerzy Skolimowski semble épuiser la force de ses images, en exploitant quasiment le même lieu. Une lassitude visuelle est possible, surtout quand les formes et les jeux de couleurs reviennent d’un plan à un autre, dans une répétition sans dynamisme. Et même si au cours de cette longue traversée, le fugitif poussé au bout de sa nature humaine bénéficie de ce cadre pittoresque comme une déperdition, il est trop tard : nous avions déjà vu ce qu’il nous donne de nouveau à voir.

Quelques tentatives afin de percer sous un autre angle cette nature effroyablement glaciale, mais qui peut s’avérer d’une tendre douceur à la rosée du matin, transforme en un instant une évasion en une sorte d’introduction à un quelconque documentaire sur quelques lieux de la nature.

Toutefois, le panorama offert à nos yeux ne dépérit guère le jeu de l’acteur. Muet jusqu’à la fin, sa condition pour survivre est d’être un sauvage haletant. Il n’est donc pas étonnant alors que la seule « compagne » de route qu’il croise et qui lui vient en aide, est physiquement muette. Tout se passait comme si les adjuvants d’un tel héros devait posséder des caractéristiques semblables, pour que dans le silence s’opère un plan.

Les dialogues d’Essential Killing renvoient ainsi aux soldats américains, des paroles acerbes et railleuses. Sans jamais entrer dans la psychologie d’une hésitation, ni faire du héros un rapace, l’acteur a su trouver ses expressions faciales pour exprimer au mieux l’état de mi-humanité auquel il est soumis. 

Et pour appui, le réalisateur utilise la litote, montrer moins pour en dire plus : il évite donc la dérive d’un film basé sur le sensationnel. Mais pour autant, nous ne voguons pas sur un fleuve tranquille. En effet, par moment, des séquences représentatives d’un chaos intérieur sont données à voir à l’aide de la caméra épaule, ou d’un montage saccadé. Les sens du prisonnier sont sans cesse à l’affût, explosant à l’écran par des sons étouffés et stridents.

Nous avons même droit à une apparition fantastique ou plutôt la dernière illusion d’un miséreux, lors d’un délire. A travers le périple qu’il vit, un destin sournois lui donne un statut de rescapée le temps d’un souffle. Mais, le Tout-Puissant Allah ne ferme pas les yeux sur les péchés, surtout quand l’homme mû par une pulsion dévastatrice s’en prend à une sorte de « Vierge à l’enfant » échouée sur le bord de la route pour un allaitement.

Cet aspect-ci, d’un Dieu punissant les pêcheurs même si ceux-ci justifient leurs actes pour une bonne cause, rejoint la forte composante religieuse présente dans le fameux Décalogue de Krzystof Kieslowski dont notamment l’épisode Tu ne tueras point. Il nous amène à penser comment le sacré et la religion s’inscrivent dans l’époque moderne.

Skolimowski, le réalisateur est donc sans doute avec Kieslowski, Polanski ou encore Wajda les promoteurs assurés du cinéma polonais. Essential killing, à voir pour comprendre.

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