
Edward Yang • Yi yi • Taïwan • 2000
Edward Yang livre une oeuvre touchante, imprégnée de sentiments et de valeurs humaines dans un Taipei des années 90. Dans la famille, on retrouve le père en prise avec le retour d’un amour de jeunesse, la fille qui connaît un premier amour, le fils, espiègle qui parmi ses amis d’école observe avec attention une fille à l’école. Alors que le frère se marie, la grand-mère se retrouve soudainement dans le coma.
Edward Yang capte des moments savoureux d’une vie à Taipei à travers le mariage, l’arrivée d’un enfant, les premiers amours, la mort… Sous la caméra, la mise en scène fait succéder le portrait de plusieurs générations qui se côtoient et apportent une sagesse. Oui, chacun dans cette famille exprime sa vision du monde, à commencer par le petit fils. Rien ne lui échappe sous son nouvel appareil photo. “Je vais t’apprendre à faire des photos, lui avait dit son père.” Et le petit s’approprie l’objet pour photographier contre toute attente un objet aussi peu artistique que recherché : l’arrière des gens. “Quel artiste, ton fils, dit l’oncle à son frère avec un air moqueur.” Et pourtant, c’est avec beaucoup de profondeur que le geste du petit nous fait réflechir à l’envers du décor. ”Je veux montrer l’arrière des gens parce que personne ne peut voir son arrière, répond avec candeur le fils interrogé”. Cette double facette, ce n’est pas seulement l’autre versant d’un aspect dans son immuable contradiction, c’est aussi le supplément de sens derrière chaque face cachée. L’histoire de Yiyi est un miroir renvoyant sans cesse à un alter ego. Yiyi est non pas l’histoire d’une personne, mais tout autant de son autre. A cela, Edward Yang offre à travers l’intention du petit et de ses captations une oeuvre qui résonne avec ses propres besoins d’expression artistique : montrer que le sens esthétique dans les images est en prise directe avec notre réalité.

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