« Plume-patte » – philippe villard

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Philippe Villard • Plume-Patte • 2021


Le livre est une sorte de célébration de la France qui n’a pas peur de mettre la main dans le cambouis. De l’aveu de l’auteur lui même, ce premier roman est un peu l’incarnation hybride de deux mondes qui ne se rencontrent pas : une « France d’en bas » magnifiée dans une écriture littéraire. Ca et là, les dialogues sont ponctués de « merde« , « putain« , « ‘pis« , « c’est ‘peccable« , voyez, on parle de « plans chignoles« , et là « ça me troue grave l’cul, tes combines !« . C’est succulent et on sent que l’auteur a voulu rendre compte de manière passionnée les détails réalistes d’une carosserie de voiture. Plume-patte, humble sobriquet de Robert, amateur de chasse et mécanicien à ses heures perdues est le personnage principal illustrant ce monde populaire où on ripaille avec joie et où on se réunit au bistro du coin. Comme une façon de mettre un pied de nez aux mondialistes et à la société des technologies, on suit Plume-patte dans ses interactions sociales entre entraide, échange et troc. De temps en temps, la Rombière, sa femme entre en scène et ajuste un peu plus le portrait de ce héros du quotidien qui, loin de son élément masculiniste, se retrouve tout à coup diminué et humilié dans le foyer domestique. La complexité et la sophistication des relations humaines dans un couple ne sont décidément pas le fort de Plume-patte, bien plus enclin à lorgner la culotte de la serveuse et à s’extasier sur un moteur de voiture. Au milieu de Michel, du grand Gégé, on fait la connaissance d’Hubert-Gaëtan Favre-Murisier, un riche financier au polo et pull sur l’épaule, qui fait office de visiteur parmi la bande de copains réunis autour de Plume-patte, le « sorcier de la mécanique ». Pris par l’effet social contagieux de ce milieu, l’intrus de passage en ressort requinqué et heureux. Un peu comme nous, lecteurs, peu importe d’où nous venons, à la fin de la lecture, il flotte comme un air familier qui nous est sympathique.

Extrait :

Lorsque la caméra s’attardait sur une artiste en collants résille, elle l’asticotait pour l’interroger sèchement : « Regarde , elle a bien des grosses cuisses comme moi, non ? » Plume-Patte feignait alors d’être plus attentif. Il écarquillait les yeux gris vert, lorgnait les cuisses, le collant, la chevelure. Il se perdait peut-être dans cette contemplation. Et, aussi sec qu’un claquement de doigts, un « alors ? » le ramenait à la réalité. Alors plume patte semblait gêné. Plus l’injonction exigeait une réponse, plus il la devinait inadapté avant même de la formuler. Mais une sincérité puérile alliée à une grande carence de sens diplomatique et conjuguée au pli des mauvaises habitudes lui faisait murmurer, sans méchanceté dans la voix ni même dans ses yeux gris-vert qu’il tournait vers elle : « Mais elle, c’est du muscle… » Le silence lourd et grésillant de dédain qui suivait les laissait en chiens de faïence. Lui sans retournait à sa somnolence indifférente et féline, elle macérait dans sa maudite cellulite.

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