« L’homme qui voulait vivre sa vie » – à la recherche de son identité

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Eric Lartigau • L’homme qui voulait vivre sa vie • 2010

Eric Lartigau réalise « L’homme qui voulait vivre sa vie », inspiré du livre de Douglas kennedy, pour montrer l’insatisfaction humaine.

Le héros n’est pas un frustré pathologique, il forme un couple parisien presque chic avec une femme tranquille (Marina Fois) avec qui il a deux jeunes enfants en pleine santé.

Monsieur Paul Exben est en effet un père heureux : il joue, fait le pitre et prend des bains habillé avec ses enfants. Seulement il a un rêve caché et enfoui, comme refoulé, celui de la photographie. Alors comment ne pas discréditer l’audace d’un vrai photographe, comment ne pas jalouser quand un autre vole votre femme ? Il fallait, on s’en doutait, d’un seul faux trait pour modifier irrémédiablement le paysage de Paul.

Dès que sa femme veut le quitter, il s’enfonce dans l’atelier de son rival, éden rêvé d’un lieu de travail sur la photo pour y déceler une trace de sa compagne. Puis sûrement la méprise mal cachée de Paul fait éclater la vérité. A présent, le statut d’avocat qu’il a endossé et le cadre tranquille dans lequel il avait brodé sa jolie famille se brisent. Ce tableau là ne cachait en fait qu’un vilain mur.

Désespoir, frustration, envie ou rage, on ne sait quel est le vrai sentiment qui animait Paul en arrivant à l’atelier. Mais, c’est sans doute ce mélange qui mène le personnage à un acte fatal tuant malencontreusement son rival. Une véritable confusion s’éprend du personnage suggéré par Lartigau dans le jardin, sorte de coin naturel primitif à l’allure sauvage et surtout dangereuse.

A cette partie, Romain Duris en effet change de registres, notamment à cause de cette identité prise à sa victime. Son jeu se veut alors plus grave, et donne plus de gravité à son exil au Monténégro, dont les vues captivent nos regards. A nouveau, on se réjouit de l’accent anglais de l’acteur, devenu familière depuis « L’auberge espagnole ». La tournure des évènements semble quelque peu invraisemblable. Toutefois, remarquons que ce tournant dans la mise en scène comme dans l’histoire n’est pas gênante, et justifie l’œuvre entière.

Ainsi, l’artiste photographe surgit, pour ainsi dire, du fond de ses angoisses les plus terribles. Sa vieille baraque de Montenegro lui insuffle une liberté.

Alors qu’il regardait au début du film une photo d’un gymnaste s’entraînant devant la mer, qu’il avait prise autrefois au Monténégro, il se retrouve à nouveau au même lieu mais en étant dans ce cadre. Le réalisateur ne peut pas être plus signifiant, en rendant compte la concrétisation d’un regard sur l’image dans l’image elle-même. Il n’y a plus de doute sur le cheminement de Paul photographe.

Mais le cours des évènements ne conviennent guère à Paul, le meurtrier. A nouveau, obligé de partir, il prend alors des photos très compromettantes sur le bateau. On le jette à la mer avec un clandestin. Heureusement, une barque est lachée par une âme bienveillante. Alors Lartigau nous offre, par écho à la vue de l’explosion de son bateau et d’un coucher de soleil montrée lors de l’arrivée au Monténégro, une vue similaire de la barque ballotée au milieu de la mer.

Entre ces trois plans cadrés et composés de la même manière, Paul a tué et sauvé une vie. C’est dans ce rachat moral qu’un nouvel homme apparaît. Et l’homme qui voulait vivre sa vie n’est plus l’apparence d’un photographe qui cherche le prestige, mais le devient pleinement.

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