« Demain, les chats » – bernard Werber

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Cycle des chats de Bernard Werber • Demain, les chats (2016) • Sa majesté les chats (2019) • La planète des chats (2020) •

Après avoir lu la trilogie des Fourmis de Bernard Werber, j’avais envie de m’attarder un peu sur d’autres oeuvres de Bernard Werber. Bien que ce ne soit pas ses dernières parutions, j’avais hâte de commencer cette trilogie des chats. Et verdict : je n’ai pas été déçue ! Comment Bernard Werber allait-il humaniser ces petits animaux ? Ce n’est pas juste une star des réseaux sociaux. Cela fait un moment que je remarque que le chat est un thème de plus en plus exploité pour des réflexions plus ou moins profondes, en témoigne le magazine Sphères qui a dédié aux chats un numéro entier. Au sommaire, des questions comme “le chat est-il de droite ?”. Donc, un livre sur un chat raconté à la première personne, oui, oui et oui !

Bernard Werber laisse parler Bastet, une chatte habitant à Montmartre avec sa maîtresse. Portant le nom d’une déesse égyptienne, symbole de la fertilité et de la protection de l’humanité, Bastet a un souhait dans sa vie : pouvoir mieux communiquer entre les espèces vivantes. Dans son entreprise, elle fait une rencontre décisive avec le chat du voisin, Pythagore, fruit d’une expérience des humains à l’issue duquel on lui a doté d’un troisième oeil, qui est une prise usb directement implantée dans le front du chat et lui permet de se connecter sur internet. Complètement loufoque ? Oui, au contact avec les connaissances humaines, Pythagore s’est peu à peu forgé une culture importante qui lui permet d’avoir un point de vue sur l’humanité. Car, l’humanité est en crise profonde. En prise notamment avec la guerre civile et les fanatiques religieux, les humains quand ils ne s’entretuent pas entre eux, doivent aussi affronter la peste véhiculée par les rats, nouvelle terreur de la planète. Dans ce contexte digne des fins de monde, Bastet et Pythagore vont réunir des alliés contre les rats et guider ce qui reste de l’humanité vers la sécurité.

A ce stade, vous vous demandez sûrement comment de simples chats vont réussir de telles choses. L’imaginaire de Bernard Werber est tel qu’il peut presque tout se permettre sans que cela soit choquant.

Il teinte les aventures de ces chats par des pointes d’humour. Par exemple, la personnalité de Bastet est typique de la représentation d’un chat. Elle est tour à tour prétentieuse, arrogante, confiante, jalouse, condescendante, déterminée, féroce, dominante, rancunière et de mauvaise foi, autant de traits qu’on prêterait à nos compagnons à quatre pattes. Sauf que là, on a l’opportunité de le voir verbaliser pour de vrai ! C’est drôle de voir ce renversement. Grâce à ce renversement et la connaissance humaine acquise à travers le troisième oeil, les chats de Bernard Werber, qui, détail anecdotique, restent tout de même sensibles au point rouge d’un laser, sont les vrais héros salutaires de ces livres. Bastet, courageuse et stratège, ne rechigne pas pour autant devant une bonne sieste ou une bonne caresse de sa maîtresse et pense sincèrement que la parade nuptiale entre les humains est trop complexe et mécanique, celle des chats beaucoup plus sophistiquée et jouissive. L’égocentrisme de Bastet est tel qu’elle s’imagine bien devenir la prochaine impératrice de l’univers dans le monde de demain. Pour elle, il n’y a qu’à saisir les trois choses que les humains ont en spécificité : l’amour, l’humour et l’art.

Par ailleurs, Bernard Werber insère également dans son récit des extraits d’une encyclopédie humaine revisitée où les animaux ont eu eux aussi des grands rôles comme la chatte qui est partie dans l’espace. Cela contribue à créer une atmosphère de science-fiction post-apocalyptique où nos chats, connus pour être mignons et douillets, sont réalistement pourvus d’une intelligence fine et capables d’actions significatives. Ainsi, je recommande le cycle des chats comme lecture plaisir surtout pour tous ceux qui savent intimement que les chats sont dotés d’un petit truc en plus.

Quelques extraits :

Je n’ai peut-être pas de conseil à vous donner mais à votre place, je n’hésiterais pas. Je lui ferais sentir mes odeurs naturelles au lieu de les cacher avec des parfums artificiels. Faites-lui respirer votre sueur, ondulez de la croupe, inondez ses narines de vos phéromones. Montrez lui vos fesses. Cela devrait au moins avoir l’avantage de clarifier les choses. (p.388, Sa majesté les chats)

Champollion m’énerve quand il a les mêmes idées que moi. Il faudrait pouvoir breveter les idées, le premier qui la trouve la dépose, et tous ceux qui l’expriment après lui doivent lui faire des offrandes. De toute façon, les perroquets sont bien connus pour n’être que des copieurs. (p.340, Sa majesté les chats)

Grâce à mon Troisième Oeil, je me branche sur mon ESRAE pour voir les plus belles images de l’activité humaine afin de me motiver dans cette mission suicide. Je me repasse en boucle les tableaux du Louvre : La Joconde, le Radeau de la Méduse, La Liberté guidant le peuple, La Vierge aux rochers, Les Noces de Cana, Le Serment des Horaces, La Dentellière, Le Tricheur à l’as de carreau, La Barque de Dante. Et j’accompagne ses visions de pure beauté avec la musique non moins sublime de la Callas chantant “Casta Diva”. (p.194, La planète des chats)

Je descends de la table et lui tourne le dos en montrant ostensiblement mon arrière-train. Là, je lâche un pet, ce qui, chez nous les chats, correspond à un doigt d’honneur chez les humains. (…) Vous êtes peut-être présidente mais moi je suis reine, même si vous ne vous en êtes pas encore aperçue. Je suis Sa Majesté des chats et vous n’êtes qu’une pauvre humaine qui n’a pas la moindre idée pour sauver sa propre espèce. (p. 220, La planète des chats)

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